Comprendre un peu ce que nos sens nous forgent comme référence et peuvent nous conduire à quelques erreurs de compréhension/interprétation du message musical, et surtout comment évoluer au milieu de toutes ces confusions et avis.

Il ne faut pas oublier que nos yeux, nos oreilles sont des capteurs qui envoient des informations électriques au cerveau qui va transformer en message compréhensible. Le rouge est rouge car nous apprenons que l’information reçue correspond au rouge.

—————————

Cela fait maintenant plusieurs années que je m’amuse à lire des articles ici et là pour comprendre ou entrevoir les différentes phénomènes qui conduisent à des débats relativement houleux sur des forums et bien souvent inutiles. Je relate donc ici que ce que j’ai lu et quelques fois essayé.

Je mets par côté la technique car en hifi ou ailleurs il y a des minima à respecter, des connaissances à avoir et à défaut d’être un expert il faut s’en remettre à plusieurs facteurs déterminants qui peuvent être :

– l’avis d’experts et de professionnels

– la lecture de revue

– l’avis sur des forums, site ou blog

– notre propre écoute et expérience aussi minime soit elle

Et le paramètre relativement important, qui est d’accepter que nous sommes faillible et que nous devons faire évoluer nos connaissances afin d’apprécier au mieux les écoutes.

Les textes entre guillemets sont des recopies de textes trouvées sur le net.

1- L’éducation des sens – l’écoute

Est-ce que nous entendons la musique qu’avec les oreilles, la réponse est oui, est ce que nous l’apprécions qu’avec un seul sens la réponse est non. Il existe bon nombre d’exemples qui font appel à nos différents sens dans l’appréciation et tous les jours nos acquis se font par différents sens. En cuisinant, on fait appel à l’odorat, à la vue et bien sûr au goût, les œnologues pour découvrir tel ou tel cru se servent d’au minimum 3 des 5 sens, la vue, l’odorat et le goût, chacun à des degrés d’implication différents, Au fil des années, notre cerveau enregistre ces références et s’en sert au quotidien dans l’appréciation de ce que nous percevons. En fonction de nos passions, de notre métier ces références vont évoluer, vont s’affiner et être de plus en plus critique et détaillée.

Pour se convaincre du mélange des sens et de nos références d’acquis, certains donnent des exemples par le jeu comme une invitation à boire de la limonade dans un toilette qui n’a jamais servi et peu tente l’expérience car la vue de ce liquide jaune renvoie à des acquis qui ne sont pas « comestible » une fois dans ce récipient peu propice à la dégustation. D’autres exemples sont également donnés à propos de souvenirs ou l’un d’eux est capable de nous projeter en un lieu, nous faire sentir les odeurs particulières ou encore nous faire ressentir les émotions au point d’en avoir la chair de poule.

Il nous faut donc accepter deux constats :

1- chacun de nos sens se voit épauler par d’autres pour établir des références, à nous de les éduquer

2- les références musicales, dans notre cas, ne vont pas être les mêmes pour tous en fonction de notre éducation musicale (solfège, pratique d’un instrument, concert de musique,…)

La neuro science permettent d’y voir un peu plus clair. Il est reconnu que la pratique de la musique (pour ne parler que de cela) très jeune et sur le long terme permet d’avoir d’énormes références qui sont donc stockées dans le cerveau. L’écoute d’un morceau de musique va donc faire appel à cette mémoire. Pour un « non musicien » le travail est différent car il doit décrypter le message, l’analyser et l’assimiler. Au bout du compte, il lui faudra plus de temps et persévérance pour discerner le message. Il y a toujours des exceptions mais qui ne peuvent définir la règle générale.

Le bruit :

Difficile de parler musique et des sens sans aborder le problème du bruit. Vouloir apprécier la musique dans un environnement bruyant est une chose quasi impossible. Le danger pour ceux qui pratiquent l’écoute au casque est de monter le volume sonore afin de couvrir le bruit ambiant, le résultat est que l’auditeur se soumet à un niveau trop élevé. Un test simple à faire est de repérer le niveau sonore quand il y a du bruit et d’écouter au même niveau quand vous êtes chez vous au calme. Pour bien faire ne pas dépasser les 72db serait une bonne chose.

Ce phénomène assez catastrophique de nos jours est donc le bruit permanent auquel nous sommes soumis: «  Ce fond sonore permanent agit directement sur le comportement des enfants qui se répercute également à l’école car en réalité ils entendent mais n’écoutent plus. Ceci a pour conséquence une diminution de leur sensibilité et de leur aptitude auditive, de plus grandes difficultés à fixer leur attention et à rester concentrer longtemps. »

bruit

Le bruit d’une façon général cause nombres de problèmes qui sont maintenant reconnus, comme un effet favorable aux accidents du travail, des troubles cardiovasculaires, des troubles du sommeil, du stress, baisse des performances cognitives, etc.

L’écoute : améliorer son attention 

Cela peut sembler étrange, mais écouter s’apprend, s’exerce et tout le monde en est capable.

« D’après la définition du dictionnaire le Petit Robert, écouter c’est « s’appliquer à entendre, diriger son attention vers (des bruits, des paroles,…). »

Écouter est donc très différent de l’acte d’entendre. Entendre, comme nous l’avons vu auparavant, est naturel et non réfléchi, alors qu’écouter est une volonté personnelle et réfléchie. L’écoute est donc une compétence que nous pouvons développer et travailler à l’école et dans notre vie quotidienne, c’est ce qu’on appelle l’attention auditive.

Écouter est un acte très difficile, contrairement à entendre, qui est habituel à tout être dont le système auditif est intact; écouter, et surtout écouter sans le support de l’image, devient un acte tout à fait antinaturel. »

On s’aperçoit déjà, qu’une personne habituée à entendre et à laquelle on voudrait faire comparer deux appareils ne va pas forcément être en mesure d’apporter un jugement fiable. L’appréciation d’une écoute devient donc entièrement relative en fonction de la personne et de son « bagage musical ». Sans avoir suivi l’instruction du solfège, tout le monde peut apprendre à écouter.

« Vers l’écoute analytique

Lorsqu’on veut faire une écoute analytique d’une œuvre, c’est qu’on veut la comprendre, chercher ce qui la caractérise, ce qui la compose.
L’analyse d’une œuvre demande beaucoup de concentration, mais également des prérequis. En effet, personne ne peut se lancer dans une analyse approfondie d’une œuvre s’il n’a pas quelques connaissances. Avant d’étudier une œuvre, il est indispensable de travailler de manière isolée sur les éléments qui la composent. Il est important que l’enfant développe le plus tôt possible des aptitudes d’attention en comparant, en classant, en reconnaissant, et en identifiant des sons, mais également à soutenir cette attention , pour qu’il puisse, plus tard, se diriger vers une écoute analytique.

En stage filé, j’ai donc travaillé sur le timbre et la hauteur des sons ainsi que leur localisation dans l’espace, et sur le paysage sonore pour préparer les enfants à cette écoute analytique.

Ces activités ont pour objectifs :
- d’appréhender certains paramètres (hauteur, timbre),
- de discriminer des sons,
- de développer la mémoire auditive,
- de développer et d’affiner la perception auditive,
- de reconnaître des bruits de son environnement proche. »

enfantmusiquer

Cette expérience est réalisé avec des enfants de maternelle, pour information.

L’éducation musicale est donc un point important et pourrait être comparé à un entraînement musculaire : plus on s’entraîne, plus on arrive à faire des choses précises et appropriées. Et les spécialistes du cerveau affirment que même sans prédisposition génétiques pour la musique (ce qui reste encore très nébuleux et à démontrer ) la pratique musicale suffit à modifier le fonctionnement d’un cerveau.

Et cerise sur le gâteau « De plus, l’éducation musicale permet l’acquisition de compétences transversales quand elle est reliée à d’autres disciplines. Les activités musicales apparaissent être un moyen intéressant pour développer des compétences spatio-temporelles, des compétences de concentration, de repérage, de mémoire et de logique entre autre. »

2- L’oreille absolue / relative…

Selon des recherches avoir l’oreille absolue n’est pas le fait de tout le monde, voir cas rare et est plus due à une éducation précoce de la musique et à des exercices fréquents de la musique, si bien que ces personnes sont capables de donner les notes jouées. Il est aussi apparu que des personnes non professionnelles musicalement ont également l’oreille absolue, mais elles sont plus difficile à cerner car ne connaissant pas « le langage » il leur est difficile de communiquer. Ensuite l’oreille relative qui ne reconnaît pas la note, mais a la perception tonale des notes, et ensuite ceux qui n’ont ni l’une ni l’autre.

En quoi cela va t’il différé pour chacun de nous.

– sur la perception générale de la musique et de son ressenti émotionnel

– sur le travail de notre cerveau à appréhender la musical,

– sur l’attachement à tels ou tels détails qui vont s’avérer important pour l’un et banal pour l’autre

– le respect des timbres

– l’analyse du message

– ou la globalité du message musical

la liste pourrait surement être plus longue.

3-Les appréciations lors d’écoute

Je préfère employé le mot appréciation ou découverte plutôt que le mot test, car au final on va bien apprécier la musique.

L’écoute est un moment difficile car pour un budget déterminé il va falloir se constituer un ensemble de restitution « fiable ». Et il faut dépasser à ce moment nos acquis sinon le choix va se porter vers une retranscription que l’on aime qui nous convient et sans plus.

Pourquoi est-ce difficile ?

Des recherches ont porté sur le principe d’écoute et le résultat a montré plusieurs points intéressants :

– le fait de vouloir se concentrer d’une façon inhabituelle peut fausser notre jugement

– notre état de santé ou moral fait varier notre perception

– des facteurs extérieurs comme des odeurs, des situations de mal à l’aise vont également altérer notre jugement

– bruits ambiants

– présence non voulue d’une personne

– …

Réunir des conditions optimales dans un auditorium n’est donc pas une chose facile à mettre en œuvre et qui influe énormément sur notre jugement.

Pourquoi faudrait-il se laisser « dépasser » ?

Cela peut paraitre étrange, mais si vous vous rendez dans un auditorium c’est bien pour acquérir un système de reproduction fidèle aux voix et instruments, et à défaut de références il va bien falloir donner un peu de votre confiance au professionnel. A chacun de juger dans quelle mesure vous voulez le faire, mais c’est aussi un élément clef pour progresser et découvrir un rendu plus fidèle.

Trouver ce que l’on cherche, quel est le manque, d’où vient-il et comment le cerner. Celles ou ceux qui sont habitués à l’écoute analytique ne se poseront surement pas ce genre de question et son tellement habitués à se concentrer que ce type d’écoute est devenu naturelle donc ils iront directement à l’essentiel sans aucun doute.

4- Expériences vécues

J’en cite deux pour illustrer l’attention, la concentration et référence musical.

– « analyse » d’un morceau de musique. Un morceau se joue, on est deux à écouter et il y des détails que l’un entend alors que l’autre ne les entends pas. on se repasse et repasse le disque, la ou on n’entendait rien on entend mais pas tout le temps. Puis on prend le temps de décortiquer le morceau et ensuite tout devient naturel pour nous deux.

– j’assiste à une répétition d’enfants qui jouent du violon, violoncelle. Je ferme les yeux pour « apprécier » mais je m’aperçois qu’en ouvrant les yeux je n’ai pas la même « scène 3D » que les yeux fermés, elle est plus large, plus respectueuse quelque part. Je me concentre sur un instrument et je peux entendre ce que je joue l’enfant (instrument, position de la main…), tout comme dans un brouhaha on va être capable de cerner une discussion en fixant les personnes, il faut bien sûr que ce soit dans notre champ auditif.

5- Conclusions

Que peut-on conclure ?

Qu’au-delà de la technique, de la mise en œuvre on arrive à quelque chose d’impalpable, de non mesurable, qui commence à s’expliquer plus scientifiquement « qu’ésotériquement »  qui concilie découverte, attention, apprentissage, pratique et savoir-faire. On peut toujours dire c’est évident, mais personne ne le prouvait scientifiquement auparavant d’où les énormes polémiques…

Ceux qui sont amateurs passionnés, experts ne se poseront peut être pas autant de question, et de par leurs expériences vont aller directement au but recherché, car il s’agit bien de recherche musicale poussée à différents degrés dont il s’agit.

Pour le néophyte, l’amateur tout se joue au fil du temps. Ce que j’écoute aujourd’hui n’est plus ce que j’écoutais il y a 30 ans pourtant le morceau ne change pas, ce que je perçois aujourd’hui en terme de détail m’était quelque peu inaudible il y a également 30 ans, j’exagère volontairement mais c’est l’idée.

C’est ce qui fait que nous progressons dans nos choix de matériel pour accéder toujours plus loin vers une retranscription idéale et ce qui en même temps choque d’autres personnes qui ne pratique pas l’écoute de la même manière.

Apprécier au mieux la musique va donc nous obliger à une excellente pratique, à une concentration générale et je dirais un état d’esprit général identique à chaque écoute. S’éduquer pour faire abstraction des autres sens n’est pas chose facile et permis à toutes et tous, cela doit se travailler mais n’est pas gagner du premier coup.